La position du tireur couché par Tardi

Publié le par librairie glenat

Tardi et Manchette, c'est une longue histoire. D'un côté on a Jean Patrick Manchette, auteur emblématique du nouveau polar des années 70 à 80, polar plutôt noir, très ancré dans la réalité de l'époque avec un côté socio-politique marquant. De l'autre, on a Jacques Tardi, figure incontournable depuis plus de trente ans de la Bande Dessinée française.

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La position du tireur couché

Dessin de Jacques tardi

Adapté du roman de Jean-Patrick Manchette

Édition Futuropolis

 

La première rencontre en BD entre Manchette et Tardi date de 1978, il s'agit alors de Griffu (que Casterman vient de ressortir). Tardi considère cette œuvre comme très brouillonne et ne rendant pas suffisamment hommage au fabuleux travail de Manchette. Alors, ce n'est que beaucoup plus tard que Tardi s'attaquera de nouveau à un Manchette, il s'agit du Petit Bleu de la Côte Ouest paru en 2005, dix ans après la mort de l'écrivain. Aujourd'hui Tardi adapte la Position du Tireur couché.

 

Un tueur très ordinaire

 

Martin Terrier est un tueur à gage. Cela fait bientôt dix ans qu'il tue pour accomplir son plan, sa vision. Il a promis à une femme de revenir la chercher lorsqu'il aura amassé un pécule suffisant, et après le dernier contrat qu'il a honoré, il a réuni suffisamment. C'est là qu'interviendra le grain de sable qui grippera toute cette belle mécanique. Et à ce stade, il ne s'agit pas d'un simple grain de sable mais bien toute une plage ! Rien ne tournera comme ce cher Martin Terrier l'espérait...

Tardi et Manchette étaient très amis, alors, pour rendre hommage à l'écrivain, Jacques Tardi prend le parti pris de coller au plus près à l'œuvre de Manchette. Ainsi, jamais il n'essaiera de rendre Martin Terrier sympathique.

Cet album est donc l'histoire d'un tueur. Mais le fait qu'il tue n'est finalement qu'un détail, les caractères importants de Martin sont inscrits dans son passé, son amour de jeunesse, la ville où il a grandit, son père, tout ces éléments permettent de comprendre la construction et la logique de ce personnage. Martin Terrier ne provoque à aucun moment une quelconque empathie, sans jamais sombré dans l'antipathie. C'est un gars banal, marqué par une grande lassitude et qui va se retrouver brutalement dans un contexte qu'il ne maîtrise plus.

Cette description quasiment neutre d'un tueur n'est pas sans rappeler la série de Jacamon et Matz : Le tueur, même point de vue sur un héros qui incarnant un vrai salaud, n'inspire pourtant aucun jugement ni attachement.

Sur le travail graphique, évidemment, il n'y a rien à redire, Tardi est toujours aussi précis, aussi sidérant dans sa représentation du quotidien et de l'urbanité. Comme à son habitude,  les décors urbains sont extrêmement travaillés et réussi. S’il y a un auteur de BD qui a incroyablement rendu hommage à Paris, c'est évidemment Tardi et cet album ne fait évidemment pas exception.

Du grand Tardi. Comme d'habitude.

 

Benjamin

Publié dans Nos Chroniques

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