Au royaume des aveugles de Jouvray et Salsedo

Publié le par librairie glenat

Le précédent album qui avait associé Olivier Jouvray et les frères Salsedo, Nous ne serons jamais des héros, nous avait particulièrement marqué. L'annonce d'une nouvelle création commune ne pouvait donc que nous allécher, quel qu'en soit le thème. Pour ce nouvel ouvrage paru aux éditions du Lombard, le trio s'écarte un peu de la thématique précédente, les relations père-fils, pour y adjoindre une dimension d'anticipation des plus réussies.

au royaume des aveugles

 

Au royaume des aveugles tome 1- Les invisibles

Éditions du Lombard

Scénario d'Olivier Jouvray

Dessins de Frédérik Salsedo

Couleur de Greg Salsedo


Nous sommes à Londres, dans un futur proche dans lequel les citoyens britanniques ont accepté démocratiquement que soit instaurée une surveillance vidéo omniprésente sur le territoire. Un gigantesque réseau contrôlé par la police nationale surveille les faits et gestes de chacun, afin de prévenir la délinquance et de ne laisser en tous cas aucun crime ou délit impuni. Mais tout le monde n'apprécie pas cette situation, surtout chez les plus pauvres, souvent l'objet de mesures de répression supplémentaires. Laurette est amie avec des opposants politique. Plus, elle agit avec eux, et prépare une action destinée à frapper le système. Du haut de ses 19 ans, elle ne craint rien, même pas de se couper de sa famille. Son père et son frère ne savent pas ce qu'elle fait le soir, et ce qu'elle prépare. Le jour de l'opération approche, un jour qui va sceller la vie de Laurette à jamais.

 

Je le disais précédemment, on retrouve dans cet album cet ancrage sur la relation parent-enfants qui faisait le cœur de l'intrigue de Nous ne serons jamais des héros. Mais la grande force d'Olivier Jouvray, est d'axer le récit sur une chronique politique futuriste. Il décrit un système proche du totalitarisme, il développe des groupes d'opposants, et dans ce cadre, il nous reparle des relations entre le père, ancien flic à la retraite, son fils adoptif et sa fille résistante. Il ya quelque chose de l'opposition entre le système et ses contestataires, dans la relation père-fille proposée. Une mise en abîme en somme. Le rythme de l'histoire est très bon, on sent une certaine influence des séries télé dans le script du scénariste, et on ne s'ennuie pas une seconde. Les personnages sont bien caractérisés et surtout, Jouvray dissémine révélations et retournements de situation, ce qui est des plus agréable. On n'a pas le sentiment de perdre son temps, de lire un tome d'introduction. La série est prévue en trois tomes, et l'auteur ne gaspille pas une planche. Jusqu'à la dernière planche qui saura vous surprendre et vous donner l'envie de lire la suite.

Pour le dessin, par contre, disons que cette intrigue urbaine, technologique et souterraine, ne permet pas à Frédérik Salsedo de donner son plein potentiel. Je le préférais sur l'album précédent, qui lui permettait à la fois de mettre en valeur sa capacité à dessiner des personnages expressif (ce qui est toujours le cas) et de nous impressionner avec de beaux décors. Ce dernier point manque un peu, car l'univers ne le permet pas. Ce n'est pas une question de faiblesse du dessinateur, mais plus de l'optimisation de ses compétences. De même pour les couleurs de Greg Salsedo, qui ne peut donner lui aussi sa pleine mesure dans cet univers à dessin froid et impersonnel. Ce n'est pas mauvais, ou raté, là n'est pas la question. Il s'agit juste de chipoter, pour trouver un petit manque à cet album.

 Car de mon point de vue, nous avons là un très bon récit, accompagné d'un très bon dessin. Je trouve plein de potentiel à ce futur triptyque, qui promet déjà une histoire intelligente et prenante. C'est un premier tome réussit, indéniablement. Chacun maîtrise son propos et j'attends déjà avec impatience de pouvoir lire l'ensemble des trois ouvrages.

 

Yaneck

 


 

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